Que nous faut-il pour nous réveiller de cet été cauchemardesque ? Encore plus de morts ? Encore plus d'incendies ? Encore plus de chaleur insoutenable ? Nous voulons un autre monde !
Rejoindre le 26 septembreNous descendons dans la rue parce qu'une nouvelle fois, nous voyons le monde dans lequel nous ne voulons plus vivre.
Cet été 2026, la France aura connu des canicules sans précédent, des records historiques avec les journées les plus chaudes jamais mesurées à l'échelle nationale, des relevés à plus de 43°C dans certains départements. À l'heure où nous écrivons ces lignes, des dizaines de milliers d'hectares ont brûlé, des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées, en France mais aussi dans la région de Madrid. Des millions d'animaux sont morts dans les forêts et dans les élevages, et le bilan va continuer à s'alourdir, mécaniquement, dans les prochaines semaines.
À Annecy, les nuits ont été un peu plus clémentes que dans d'autres départements, notre ciel n'est pas noir de cendres, le lac offre un lieu où se rafraîchir. Mais nous n'avons pas été épargnés pour autant. Vigilance canicule, risque d'incendie jugé extrême, restrictions d'eau. Selon nos situations personnelles, nos habitations peuvent être des lieux de répit ou à l'inverse, des bouilloires. Certain·es peuvent adapter leur rythme de travail, d'autres non. Certain·es ont des métiers qui les exposent directement, nous pensons aux agriculteur·rices, au secteur du bâtiment, à celles et ceux qui travaillent dans les hôpitaux et dans le soin. Notre mémoire est courte et nous protège. La première version de ce manifeste rappelait les 35°C dans les écoles maternelles avant le début des vacances scolaires. Cela semble déjà loin. Et d'ici fin août, que pourrons-nous ajouter à cette liste ?
Mais notre culture de l'instantané ne doit pas nous faire oublier que cet été, nous aurons souffert, dans nos corps et dans nos esprits.
Nous savons que cette situation ne va pas s'arrêter là. Le Haut Conseil pour le Climat, dans son rapport du 9 juillet 2026, l'a rappelé sans détour. Selon les mots de la climatologue Valérie Masson-Delmotte, nos infrastructures, l'aménagement de nos territoires sont « dimensionnés pour un climat qui n'existe plus ».
Et pourtant, plutôt que d'accélérer face à ce constat, plusieurs choix politiques récents dégradent les conditions d'habitabilité sur Terre et s'attaquent au vivant :
Que nous faut-il pour nous réveiller de ce cauchemar collectif ? Encore plus de morts, encore plus d'humains morts, encore plus d'animaux morts, encore plus de forêts mortes, encore plus d'incendies, encore plus de chaleur insoutenable ? Encore plus de sols asséchés qui ne nous permettront plus de nous nourrir ? Faut-il une famine ?
Nous voulons un autre monde ! Nous sommes des millions à vouloir ce nouveau monde.
Aujourd'hui, c'est un été caniculaire qui nous fait descendre dans la rue. Mais il y aurait pu avoir d'autres déclencheurs, comme il y en a déjà eu tant : un féminicide de plus, la disparition d'un enfant, une nouvelle violence raciste, une fermeture d'usine… Ou encore une mairie impliquée dans un achat massif de journaux pour tenter d'étouffer une affaire de viol.
Localement, nationalement, et quel que soit le déclencheur, il y a un dénominateur commun. Ce dénominateur commun, ce sont les minorités écrasantes qui tirent des privilèges de ce vieux monde qui se meurt, et accaparent ressources, pouvoir transformé en domination, et richesses. Nous en avons assez de ce vieux monde qui a précipité sa propre mort, mais qui ne veut pas céder la place. Nous en avons assez de ce monde grabataire qui se débat contre l'inéluctable, et en mourant, continue à asphyxier, écraser, détruire, au détriment des générations actuelles et futures.
Quelle que soit la forme que prennent nos luttes, elles dessinent un même nouveau monde, bien plus désirable que celui qui tarde à disparaître.
Une lutte féministe dessine un monde sans domination de genre. Une lutte antiraciste dessine un monde où la couleur de peau ne détermine pas ton espérance de vie. Une lutte pour l'inclusion dessine un monde où chacun·e a sa place, quel que soit son genre, sa race, son orientation sexuelle, ses handicaps, son niveau de vie. Une lutte pour la justice sociale dessine un monde où naître pauvre ne te condamne pas à le rester. Une lutte écologique dessine un monde où nous vivons en harmonie avec le vivant, où notre humanité peut tout simplement survivre sur la planète Terre.
Cette manifestation est donc un cri du cœur. Chez certain·es d'entre nous, ce cri est encore un murmure, un balbutiement. Tu n'as peut-être pas de mot précis pour ce que tu ressens, juste une inquiétude diffuse, une peur qui revient sans qu'on sache bien la nommer. Tu n'as peut-être jamais manifesté, tu ne te sens pas « militant·e », tu as l'impression de ne pas faire grand-chose face à tout ça : ce n'est pas un problème, il suffit de se sentir concerné·e.
Alors disons ces émotions, fortes ou modérées. Disons notre colère, de voir un été caniculaire et incendiaire se produire, alors que nous savons. De voir le manque d'adaptation, de nos écoles, de nos hôpitaux, de nos logements, alors que nous savons. Disons notre colère que les scientifiques qui nous alertent depuis des années ne soient pas entendu·es. Disons notre colère que les associations et organisations pour la justice sociale, l'égalité des genres, l'inclusion, la démocratie, etc. ne soient pas écoutées. Disons notre dégoût face à des politiques hors-sol, indignes de confiance, qui ignorent les appels citoyen·nes et scientifiques. Disons notre peur devant des choix politiques qui vont à contresens de ce que nous savons nécessaire et urgent.
Nous ne laisserons pas notre colère rester colère, et notre impuissance rester impuissance. Chacun·e d'entre nous agit déjà au quotidien, sous de multiples formes. Être ici et lire ces lignes, se sentir concerné·e est déjà un premier pas, suffisant, pour pouvoir manifester.
Nous connaissons les solutions, et nous sommes déjà nombreux·ses à agir pour qu'elles se déploient massivement. Elles s'appellent agroécologie, sécurité sociale de l'alimentation, inclusion, pouvoir citoyen, parité réelle, éducation à l'égalité, accessibilité, démocratie participative… Nous agissons individuellement, dans l'intime de nos quotidiens, dans ce qui se voit et ne se voit pas, nous agissons collectivement, dans les associations, entreprises et toute autre forme d'organisation qui ont compris les enjeux que notre société doit relever.
Alors pour se donner l'énergie de poursuivre dans la tempête face à ces vents contraires, nous manifestons ensemble. Célébrons ce qui est déjà là, célébrons les scientifiques, activistes, militant·es qui se battent au quotidien. Nommons les solutions, et ceux et celles qui les portent. Parlons ensemble de tous ces endroits où le nouveau monde existe, où nous nous adaptons au dérèglement climatique que nous avons provoqué, où nous régénèrerons les écosystèmes dans lesquels nous prélevons nos ressources, où nos relations humaines sont basées sur l'équité, la solidarité, et le respect.
Oui, et non. Nous ne sommes pas crédules quant à la portée de notre manifestation annécienne sur l'orientation du gouvernement ou les votes à l'Assemblée nationale. Nous sommes bien conscient·es que notre manifestation systémique, mêlant les luttes, semblera brouillonne (Quelles sont vos revendications ? Elles sont à la fois multiples et une !). Et pour beaucoup, manifester s'apparente désormais à pisser dans un violon (si vous faites ça, urinez plutôt dans votre compost). Ceux-là veulent des réponses plus radicales.
Cette manifestation est un trait d'union entre les actions que nous menons chacun·e au-delà de cette journée, et l'invisibilisation de nos luttes : il ne suffit plus de poster sur LinkedIn ou de s'exprimer sur Internet, à huis clos dans des événements ou dans nos conversations privées : remettons nos luttes dans la rue, dans l'espace public. Et offrons-nous un bouillon d'énergie pour continuer à agir, là où chacun·e le souhaite, et de la manière qui lui convient.
Toi qui lis ces lignes : tu n'es pas seul·e à ressentir cette colère, ni cette envie que les choses changent. Tu n'as besoin d'aucune légitimité particulière pour nous rejoindre. Nous marchons pour exprimer nos émotions, et pour se redonner un maximum d'élan, d'espoir et d'énergie, pour continuer à œuvrer pour ce monde dans lequel nous voulons vivre. Rejoins-nous.